Un petit rabais de la part de Joe Fresh, ça vous tente?

Banladesh Après la tragédie humaine qu’on connaît au Bangladesh, il y a eu une campagne de boycottage des vêtements de la marque Joe Fresh. Est-ce que ça aurait fait baisser le chiffre des ventes? Difficile de savoir! Et ce n’est pas la compagnie qui va nous le dire.

Pour redorer son blason aux yeux du consommateur, cette semaine Joe casse ses prix en offrant une carte-cadeau de 10$. Qu’en est-il de ses efforts monétaires pour humaniser les conditions de vie des victimes cassées? J’aimerais bien savoir, mais je n’ai pas trouvé.

Tiens! Peut-être ont-ils mis une adresse à l’endos de la carte-cadeau, à l’attention de ceux qui voudraient envoyer le petit 10$ épargné pour aider les familles endeuillées!Bangladesh

Le pape François nous dit que «la chair des pauvres, c’est la chair du Christ.», Au baptême, quand le nouveau baptisé reçoit le vêtement blanc, le ministre lui dit : «Revêtez le Christ.» Pas évident, mon cher François,  d’accepter qu’on est revêtu de la chair des pauvres qui nous habillent par tous les Joe Fresh interposés! Heureux les pauvres… tant que ce n’est pas nous.

Rémi Bourdon

Place à l’essentiel !

PLACE À L’ESSENTIEL!Paul Éluard écrivait :

« Il nous faut peu de mots pour exprimer l’essentiel.»

Ginette Reno le chantait également en peu de mots :

« L’essentiel, c’est d’être aimé, le reste importe peu […]. »

Le Petit Prince, lui, le disait en ces termes :

«  L’essentiel est invisible pour les yeux . »

Ça paraît simple!  L’essentiel, ça vient de l’intérieur, et ça parle d’amour. Mais encore? Pourquoi est-ce si difficile de nommer ce qui est essentiel dans notre vie? On a de la difficulté à vider ses poches et à s’abandonner sous le souffle de la nouveauté.

Depuis plus d’un an, l’Église de Saint-Jean-Longueuil s’interroge sur ce qui est essentiel dans sa mission. Qu’est-ce qui est assez indispensable pour qu’on ne puisse pas s’en départir? Plus précisément, dans notre mission d’Église, qu’est-ce qui est capital? Ou encore, dans la façon de rendre mon service à l’Église, où est ma place comme responsable diocésaine? Où est notre place comme chrétien? Quel est notre spécifique? De cette réflexion, découle une restructuration importante des services diocésains et pastoraux.

Dans un premier temps, c’est l’image de la montgolfière qui vient alimenter ma réflexion.

Si je me voyais dans l’obligation de larguer du lest, pour m’alléger afin de surmonter un obstacle, qu’est-ce que je garderais dans ma montgolfière qui continuerait de me permettre d’aller de l’avant?

Il me semble que trois choses sont nécessaires :

- qu’il y ait du feu pour fournir la chaleur nécessaire pour gonfler le ballon.

- qu’il y ait du vent pour avancer à un bon rythme

- qu’il y ait un bon pilote et des voyageurs prêts à vivre l’expérience ensemble.

PLACE À L’ESSENTIEL!Et si l’essentiel c’était le feu de la rencontre, des liens tissés, des relations créées, de la fraternité, de la solidarité ?

Et si l’essentiel c’était là où nous pousse le souffle de l’Esprit, vers la nouveauté, sur des chemins inconnus, là où se trouve la vie ?

Et si Dieu était le pilote qui me conduisait, avec d’autres, sur des chemins inédits, où se trouvent des personnes qui ont soif d’entendre la Bonne nouvelle de Jésus Christ?

Quand je m’interroge sur l’essentiel de la mission, sur ce que je choisis de mettre en priorité dans mon action, il me semble qu’il faut que je me resitue en pensant à ma montgolfière. Quel est le lest que je dois lâcher pour que ma montgolfière monte joyeusement sous le souffle de l’Esprit, à la rencontre de la vie?

Le 19 mai dernier, jour de la Pentecôte, le pape François invitait les fidèles à la nouveauté, l’harmonie et la mission. Je me suis sentie interpelée par ces paroles parce qu’elles traduisent une bonne part de ma réflexion, sur ce qui vient vibrer en moi, aujourd’hui, comme chrétienne, dans ce temps de restructuration, de défis et d’espérance.

En voici les principaux extraits¹:

  1. La nouveauté nous fait toujours un peu peur, parce que nous nous sentons plus rassurés si nous avons tout sous contrôle, si c’est nous-mêmes qui construisons, programmons, faisons des projets pour notre vie selon nos plans, nos sécurités, nos goûts. Mais, dans toute l’histoire du salut, quand Dieu se révèle, il apporte toujours la nouveauté.

Sommes-nous ouverts aux « surprises de Dieu » ? Sommes-nous courageux pour aller par les nouveaux chemins que la nouveauté de Dieu nous offre ?

2.   L’Esprit Saint, apparemment, semble créer du désordre dans l’Église, parce qu’il apporte la diversité des charismes, des dons ; mais tout cela au contraire, sous son action, est une grande richesse, parce que l’Esprit Saint est l’Esprit d’unité, qui ne signifie pas uniformité, mais ramène le tout à l’harmonie. L’Esprit nous pousse à vivre la variété dans la communion de l’Église.

Suis-je ouvert à l’harmonie de l’Esprit Saint, en dépassant tout exclusivisme ?

  1. L’Esprit Saint nous fait entrer dans le mystère du Dieu vivant et nous pousse à ouvrir les portes pour sortir, pour annoncer et témoigner la bonne vie de l’Évangile, pour communiquer la joie de la foi, de la rencontre avec le Christ. L’Esprit Saint est l’âme de la mission. Ce qui est arrivé à Jérusalem il y a près de deux-mille ans n’est pas un événement éloigné de nous, c’est un événement qui nous rejoint, qui se fait expérience vivante en chacun de nous. La Pentecôte du cénacle de Jérusalem est le commencement, un commencement qui se prolonge.

Laissons-nous l’Esprit nous ouvrir à la mission ?

Et vous, comme chrétiens/chrétiennes, qu’est-ce qui vous apparaît comme étant l’essentiel de la mission de l’Église ?



¹Vous trouverez le texte intégral sur le site du Saint-Siège.

 

La Marche pour la dignité.

marche-pour-la-digniteLe 8 mai dernier, j’ai marché avec quelques centaines de personnes dans les rues de Montréal. Nous voulions souligner ainsi la 40ième Marche pour la dignité durant la Semaine des personnes assistées sociales. Le comité organisateur avait choisi comme point de départ l’Église Saint-Pierre Apôtre, sur René-Lévesque en face de l’édifice de Radio Canada. Tant qu’à moi ce choix n’est pas innocent. En plein cœur du quartier gai de Montréal, cette église dite « ouverte » est le parfait symbole de la lutte contre les préjugés sociaux.

Cette année, la Marche pour la dignité fut l’occasion de dénoncer les coupes annoncées à l’aide sociale. Les changements proposés par la ministre Agnès Maltais et qui doivent entrer en vigueur le 1er juin, prévoient entre autres la disparition d’une allocation de 129 $ (en sus de la prestation de base mensuelle de 604 $, ce qui représente donc une coupe nette de plus de 17% du revenu) pour la contrainte à l’emploi des prestataires de 55 à 57 ans, et des familles comptant un enfant de moins de cinq ans.¹ Comment réagiriez-vous si on amputait votre revenu de 17%?

Quand on pense que cette nouvelle arrive en même temps que des enquêtes journalistiques dévoilant un énorme scandale international à propos des évasions fiscales. Selon les informations recueillies à ce jour les sommes ainsi perdues pour l’impôt au Canada seulement atteindrait environ 7 milliards de dollars annuellement.² Et plus près de nous, le président de l’Agence de revenu du Québec, Jean Saint-Gelais, estimait en 2012 que les fraudes fiscales entraînaient un manque à gagner pour le gouvernement du Québec de l’ordre de 3,5 milliards de dollars annuellement. Une évaluation « très conservatrice » selon ses dires.³

Si l’on considère que l’aide sociale au Québec coûte annuellement 2,8 milliards de dollars, 4 ça laisse à penser que si nos gouvernements réussissaient à récupérer l’argent perdus à cause de la fraude et de l’évasion fiscale, la ministre Maltais ne se trouverait pas en situation d’affamer les plus pauvres de notre société. En tout cas, ça serait plus gênant. Dans une société qui a choisi le capitalisme comme mode d’organisation socio-économique, dépossédant ainsi chacun de ses membres des outils de son autosuffisance, il est juste de revendiquer que toutes et chacun ait au minimum l’assurance d’un revenu pouvant combler leurs besoins de bases.

Dans ce contexte, la 40ième marche annuelle pour la dignité des personnes assistées sociales c’est comme 40 ans passées dans le désert à réclamer justice pour les personnes exploitées, à dénoncer les préjugés qui tuent et à espérer un revenu minimum garanti comme d’une terre promise, celle de la dignité pour toutes et tous.

Daniel Pellerin

Aux égoïsmes excessifs, l’amour excessif.

égoïsme excessif, amour excessifL’évangile de dimanche, quatrième de Pâques, peut nous entrer par une oreille et sortir par l’autre.  «Aimons-nous les uns les autres.» une rengaine? On le répète trois fois en deux versets de moins de cinquante mots. (Jean 13, 34-35) Pas nouveau si on passe par-dessus le «comme je vous ai aimés». Voilà la jauge! La mesure de notre amour se calibre à la manière d’aimer de Jésus. Le neuf du commandement maintient une brèche dans la zone  de confort de notre bonne conscience. Excessive la demande de Jésus qui nous dit d’aimer les désagréables comme nos ennemis et ceux qui nous haïssent, de donner à ceux qui ne pourront jamais rien nous donner en retour, de pardonner soixante-dix sept fois! Jésus s’est fait proche de ceux qui avaient le plus besoin d’amour : ceux qui étaient méprisés, humiliés, rejetés par la société correcte, pêcheurs, malades, voleurs, prostituées, femmes, enfants, mendiants : les exclus de son temps.

On arrive de temps en temps à cet amour d’altérité où l’égo se trouve heureux en s’oubliant. Cet amour devient nécessité en réponse de vie à l’égoïsme excessif. Le pape François disait récemment: « L’appel que nous adresse Jésus aujourd’hui trouvera-t-il un écho en nous? Il faut reconnaître que la réalité de la vie en société est diamétralement opposée à ce commandement de l’amour. (…)  Regardez ce qui motive la plupart de nos contemporains : une incroyable volonté de puissance, un appétit de pouvoir, un désir de possession, et même de possession de l’autre. Sur le plan individuel comme sur le plan des entreprises et des nations. Il faut être compétitif, il faut être gagneur. Il y aura donc des perdants.»

Au Bangladesh, des perdants, il y en a des milliers, bas salariés, et surtout récemment les centaines qui ont perdu la vie dans l’écroulement de l’édifice mal foutu où ils travaillaient. Des perdants qui ont fabriqué des vêtements vendus chez nous et que nous portons, achetés chez WalMart, ou ailleurs sous la marque Joe Fresh. J’ai rêvé que les communautés chrétiennes recueillaient des fonds pour venir en aide aux familles de ces victimes et qu’elles demandaient à WalMart et Joe Fresh d’être les émissaires de cette générosité auprès de ces populations. Ce serait une belle histoire de «vérité et réconciliation» pour nous tous. «Pouvons-nous nous dire chrétiens? (demande François le pape). Oui, si nous refusons d’accepter ce vieux monde, où règne la domination de ceux qui ont le pouvoir, la richesse, l’intelligence, ou simplement la force physique. L’enjeu est de taille. Il est même vital. Essentiel. À nous de commencer.»

Rémi Bourdon  

«Dis-moi ce que tu sens, je te dirai qui tu es.»

messe-chrismaleCette expression m’est venue en lisant l’homélie du pape François à l’occasion de la messe chrismale. «Dis-moi ce que tu sens..» peut être compris dans les deux «sens». Je sens la rose … que je tiens dans ma main … ou parce que je me suis versé de l’eau de rose sur les mains et j’exhale ce parfum. Le pape François invite les pasteurs à flairer l’odeur des brebis pour aller vers elles et en prendre soin. «Dis-moi ce que tu sens, je te dirai qui tu es.» Si tu sens les blessures, les détresses des brebis, tu es de compassion et de tendresse.

Si tu es de compassion et de tendresse, tu vas dégager ce parfum qui fait du bien. Les brebis vont le sentir et le ressentir. Tu seras la bonne odeur du Christ comme l’exprimait le pape :

«L’huile sainte versée sur la tête d’Aaron dégageait son parfum non seulement pour lui seul, mais se diffusait tout autour de lui, sans frontières. Le Seigneur le dira clairement : cette onction d’où émane cette bonne odeur est à l’intention des pauvres, des prisonniers et des malades, de toute personne meurtrie et seule. Sa fragrance est un envoi vers eux. Ce parfum n’est pas d’abord pour nous, pas plus qu’il ne doit rester dans les urnes. Sinon, cette huile deviendra rance … et les cœurs resteront dans l’amertume.»[1]

Par ailleurs, à fréquenter les brebis, à les soigner et à les mettre sur ses épaules, on s’imprègne de leur odeur. Le berger finit par sentir la brebis. Les autres perçoivent ce mélange des odeurs. «Dis-moi ce que tu sens, je te dirai qui tu es.»

Le pape, au titre d’évêque de Rome, a  invité les prêtres de son diocèse à «être des bergers qui ont l’odeur des brebis. (…) Les bergers ne sont pas les brebis, et personne ne bénéficie de l’oubli de la différence. Mais un berger qui ne dégage pas une petite odeur de mouton  a probablement besoin de retourner dans le troupeau, pour son propre bien et celui des autres.»

Rémi Bourdon



[1] Traduction libre de l’anglais

La Nouvelle Évangélisation, qu’est-ce que c’est?

nouvelle évangélisationVoilà une expression que l’on entend de plus en plus dans les communications d’Église, chacun ayant un peu sa propre idée de ce que ça représente pour l’Église et pour le monde.

M. Gilles Routhier[1], un éminent théologien de l’Université Laval, traite de la question en montrant comment cette Nouvelle Évangélisation prend sa source dans le Concile Vatican II[2]. Il explique entre autres, que la nouveauté évoquée par l’expression Nouvelle Évangélisation ne cherche pas à rompre avec les élans issus du Concile, mais plutôt à prendre appui sur son inspiration, en poussant plus loin les interpellations auxquelles l’Église n’a peut-être pas encore suffisamment répondu.

Le vent nouveau, issu du Concile Vatican II (dans les années 60), nous avait ouvert les portes du dialogue avec le monde et la modernité jusqu’à se laisser évangéliser par l’Esprit à l’œuvre dans notre temps.

Pour ma part, j’en comprends que le mouvement de la Nouvelle Évangélisation n’a rien d’une nouvelle offensive pour convertir les autres. Elle est bien plutôt un mouvement de transformation qui vise d’abord l’Église de l’intérieur. Une évangélisation renouvelée peut prendre son sens, entre autres, quand on pense à tous les baptisés qui n’ont pas encore vécu une rencontre transformante avec le Christ. Bon nombre de chrétiens perpétuent des traditions religieuses sans avoir goûté à la joie de la rencontre du Christ ressuscité, présent au cœur de leur vie. Enfermés dans une religion frileuse ou dans une distance soupçonneuse, ils n’ont pas encore été rejoints par les interpellations de l’Évangile qui poussent à la rencontre de l’autre, sans méfiance ni prosélytisme.

Cette Nouvelle Évangélisation des baptisés passe, notamment. par la prise de parole des chrétiens qui se mettent à parler la Bible en relation avec la vie. Dans cette redécouverte de la Parole vivante qui traverse les Écritures, c’est Dieu lui-même qui se révèle à ceux et celles qui le cherchent et c’est Lui qui transforme notre regard sur le monde.  Si nous prenons au sérieux la Présence du Ressuscité dans notre monde, si sa rencontre nous dynamise et nous pousse au don de soi, c’est la Vie de Dieu qui illuminera toutes nos relations ainsi que notre regard sur ce monde que Dieu aime.  Peut-être alors que l’Église ne sera plus perçue et vécue comme la gardienne d’un passé révolu mais plutôt comme une réalité spirituelle solidaire de toute l’humanité dans sa marche vers son accomplissement.

L’Église actuelle relèvera-t-elle le défi de cette conversion? Et si chaque chrétien, chrétienne se posait la question en cherchant comment l’Esprit l’appelle à se convertir…



[1] Il était le conférencier invité lors d’une récente journée pastorale dans le diocèse de Saint-Jean-Longueuil. De plus, une table de réflexion à l’Institut de pastorale des dominicains (TRICEF) a publié un blogue suite à son échange sur un texte de Gilles Routhier.

Pâques, heureux commencement de l’achèvement final

Pâques, heureux commencement de l’achèvement finalPour nous chrétiens, l’histoire de l’humanité est jalonnée de commencements et d’achèvements initiés par Dieu. «Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre» Ensuite, la Bible nous raconte le grand chantier des six jours en enchaînant sur le septième : «Dieu, après avoir achevé son œuvre, se reposa le septième jour de tout son travail.  Il fit de ce septième jour un jour béni, un jour qui lui est réservé, car il s’y reposa de tout son travail de Créateur.» (Genèse 1,1; 2, 1-3)

Mais cette histoire n’allait pas être de tout repos pour Dieu. On connaît la suite : le soupçon s’installe dans le cœur humain. Le péché de méfiance fait tout déraper en une surenchère d’injustices et de violences.  Rien ne vient à bout de ce mal : ni  peuple élu … ni Alliance au Sinaï… ni Moïse… ni prophètes …

«Et le Verbe s’est fait chair», le même qui a créé toutes choses au commencement. L’heureux commencement de la nuit de Noël mènera le Fils au grand chantier de sa mission vers l’âge de trente ans : trois ans comme les «six jours» sur les chemins de la Palestine. «Heureux les pauvres, artisans de paix et autres assoiffés de justice, à vous le Royaume»

Et encore, le péché de méfiance fait tout déraper. Jésus est arrêté, condamné, crucifié. Et pourtant cette fois, Dieu a réussi. « Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit : Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l’esprit.» Le Fils fit de ce septième jour un jour béni, un jour qui lui est réservé, car il s’y reposa de tout son travail de Recréateur. Puis après ce sabbat, une lumière, un cri de joie des disciples, d’abord des femmes : «Il est ressuscité, il est vivant!» Pâques, heureux commencement de l’achèvement final. «Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit : Recevez le Saint-Esprit. (Jean 20, 22)

Nous vivons encore aujourd’hui de ce souffle de Pâques, de cet esprit d’espérance qui verra le  Jour de l’éradication définitive du mal. «Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre ; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n’était plus.  Et celui qui était assis sur le trône dit : Voici, je fais toutes choses nouvelles. (…)  C’est fait ! Je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin.»  (Apo 21, 1. 5-6)

Entendez-vous le vent qui souffle l’ultime promesse?

Rémi Bourdon

Dieu serait-il un caillou dans votre chaussure?

Dieu serait-il un caillou dans votre chaussure?

Oui pour ces jeunes londoniens qui se rassemblent un dimanche  par mois dans une église désaffectée. Non pas qu’ils rejettent Dieu, mais ils ne sentent pas le besoin de s’y référer dans leur quête communautaire de sens et d’éthique personnelle et sociale.

Cette «Assemblée du dimanche» fait salle comble, tellement qu’on a du fermer la porte au nez de nouveaux adeptes. L’expérience va faire des petits. Même des australiens voudraient l’implanter chez eux.

La chaussure-Église (entendons son idéal humaniste, ses valeurs et sa dimension communautaire), ils sont prêts à l’enfiler, mais sans Dieu et ses ministres. Pourquoi? Certains participants se disent athées ou agnostiques. La question de Dieu n’est pas à l’ordre du jour. Mais qu’arrivera-t-il si un participant crédible et influent  la soulève?

Des personnes qui se disent non-croyantes sentent le besoin de faire «Assemblée du dimanche» sans Dieu. Comment notre Église pourrait-elle le dimanche, rassembler des baptisés encore croyants que la messe dominicale n’intéresse plus?

Parmi tous ces croyants à la foi plus ou moins désactivée, y en aurait-il qui vibreraient eux aussi à l’idéal humaniste, aux valeurs et à la dimension communautaire de l’expérience chrétienne, si des rassemblements dominicaux tablaient avant tout sur ces aspects?

Le caillou dont il est question dans la vidéo, ce Dieu qui blesse le pied du marcheur, n’est probablement pas le seul caillou à faire sortir de la chaussure. Sortir ce qui blesse l’une ou l’autre, l’exprimer dans la communauté m’apparaît un passage obligé, non pour accuser mais se réconcilier avec le grand récit de notre passé religieux.

Le Dieu de la Bible n’est pas un caillou mais le rocher duquel sort la source qui étanche toutes nos soifs. La Parole toute nue, dépouillée au maximum de nos paroles institutionnelles, peut encore révéler le vrai visage de Dieu, dans le partage, dans  la célébration autrement, et la fraternité.  «Ils buvaient en effet au rocher spirituel qui les accompagnait, et ce rocher était le Christ.» (1 Corinthiens 10,4)

Et au lieu d’être un caillou dans la chaussure, le Seigneur sera une lampe sur nos pas, une lumière sur notre route. (Ps119, 105)

Rémi Bourdon

Jean XXIV, Jean-Paul III, Benoît XVII ou Étienne X?

Pape ÉtienneEn cinquante ans, ma vie a été traversée par cinq papes : Pie XII, que j’ai très peu connu, Jean XXIII, Jean-Paul I, Jean-Paul II et Benoît XVI. J’ai été touchée par l’audace, la liberté et le prophétisme de Jean XXIII, par l’être de relation qu’était Jean-Paul II,  par la bonne théologie et l’accueil de Benoit XVI. Suite à la renonciation de Benoît XVI, nous vivrons prochainement l’élection d’un nouveau pape. Qui aimerions-nous à la tête de l’Église? un Jean XXIV? un Jean-Paul III? un Benoit XVII?

À la dernière catéchèse auprès des catéchumènes et des confirmands adultes, je les ai invités à réfléchir sur l’avenir de l’Église, et particulièrement sur le profil espéré du futur pape.  À quoi cela pourrait-il ressembler? À ma grande surprise, aucun d’entre eux n’a exigé des connaissances théologiques, ecclésiologiques ou bibliques du futur pape. Mais ils s’entendaient tous à espérer un pape plus jeune, entre cinquante et soixante ans, un être relationnel, proche des personnes, qui parle simplement de Dieu, de Jésus Christ, de l’Esprit,  quelqu’un de son temps, qui comprend les défis rencontrés par le monde au quotidien, un être humble, sincère, qui susciterait la paix entre les nations et dans le cœur des gens, quelqu’un qui nous amènerait au-delà de nous mêmes, qui vivrait vraiment les valeurs évangéliques promues par le Christ. Idéalement, une femme pourrait être élue… ils ont quand même le droit de rêver!

Puis, il y a eu ce jeune homme de vingt ans qui a affirmé avec beaucoup de convictions : « Moi, c’est Étienne que je veux! » « Étienne? », lui ai-je répondu.  « Oui Étienne, celui qui m’a reçu quand je me suis présenté à l’église pour faire ma demande afin d’être confirmé.  Il m’a accueilli comme j’étais. Il a été bon avec moi. Il m’a reçu comme un ami et depuis ce temps, il m’accompagne dans ma démarche de foi. C’est le seul qui a fait ça de toute ma vie. »  Je lui répondis : «  Si je comprends bien, tu veux un pape bon, qui soit capable de recevoir les gens tels qu’ils sont, un être de relation… »  « Non, moi c’est Étienne que je veux! »  La conviction de ce jeune homme m’a rappelé combien l’accueil et l’accompagnement d’un catéchumène est important.

Personnellement, j’aimerais que le prochain pape soit un être prophétique, c’est-à-dire quelqu’un qui rappelle aux chrétiens leur foi en Dieu, à toute l’humanité qu’elle est aimée de Dieu, quelqu’un qui nous invite à préférer l’attention aux pauvres au strict respect de la Loi et fasse de sa vie une parole pour le peuple. Il devra être un homme du présent qui, fort des expériences passées, nous aide à traverser les épreuves du temps et à vivre dans l’espérance d’un monde meilleur et plus humain.

Francine Vincent

Tuer n’est pas un soin

J’ai écouté avec grand intérêt le point de presse du Collectif des médecins sur le refus médical de l’Euthanasie.

Je suis préoccupée par cette question, car je crois fermement que nous sommes face à un choix très important pour notre société québécoise. Le Collectif des médecins qui s’oppose à la Loi que le gouvernement s’apprête à présenter au printemps, devrait nous sensibiliser sur les enjeux liés à la pratique de l’euthanasie.

Parmi les arguments qui sont mis de l’avant du côté du gouvernement pour vouloir rendre applicable ce qu’il appelle « l’aide à mourir », on laisse entendre que cette question fait l’objet d’un large consensus dans la société québécoise. Est-ce bien la réalité, quand on pense à toutes les confusions sur les termes et les faussetés véhiculées?

Le Collectif des médecins déconstruit l’un après l’autre les arguments avancés par le gouvernement, en insistant sur le fait que l’euthanasie ne peut être reconnue comme un soin même si on essaie d’embellir le vocabulaire. Introduire cet acte dans la pratique médicale n’est ni plus ni moins obliger les médecins à tuer ou à devenir complice de meurtre, par une loi civile, avance le Dr Beauchamp.

Dr Vinay anticipe les impacts négatifs qu’entraînerait la pratique de l’euthanasie dans le milieu hospitalier. Le fait d’introduire un acte donnant la mort dans un lieu jusqu’alors reconnu pour apporter des soins visant le mieux-être du patient, créera de l’insécurité et de la méfiance chez les gens. Bien que le gouvernement nous parle de balises pour bien encadrer cette pratique, dans les faits, l’expérience des pays[1] où s’exercent l’euthanasie, montre que ces balises demeurent floues et trop sujettes à la subjectivité.

Je suis très sensible aux revendications des médecins, car je ne voudrais pas me retrouver dans leur situation si une telle loi devait les obliger à mettre fin à la vie de leur patient ou à diriger celui-ci vers un autre médecin qui aurait à appuyer sur la seringue fatale.

Comme éventuelle patiente, je ne voudrais pas non plus qu’une telle pratique soit possible et qu’elle puisse m’être destinée. Évidemment, comme tout le monde, je ne veux pas souffrir inutilement et je désire pouvoir compter sur la science médicale capable de contrôler la douleur. Mais je ne voudrais pas que s’insinue sournoisement dans notre conscience collective qu’il soit possible de mettre fin à la vie de quelqu’un si facilement. Nous savons combien certaines situations de fin de vie peuvent rendre les gens vulnérables et sujets à se sentir un fardeau pour leur famille. À l’âge de 18 ans, j’ai vécu de près la fin de vie de mon père décédé du cancer. Je n’aurais pas voulu que notre famille se retrouve dans ce genre de dilemme. Je suis reconnaissante d’avoir pu vivre avec lui ces derniers moments de vie, riches de sens et d’occasions de croissance. La fin de vie nous offre un espace où se vit tellement d’inattendus. Des pardons donnés, des rapprochements et des libérations inespérés, etc.

J’ai du mal à croire que l’on soit rendu si loin comme êtres humains, dans notre prétention à vouloir tout contrôler. En tant que chrétienne, j’y reconnais le désir de toute-puissance à l’origine de notre condition de créature. La tentation de se prendre pour Dieu, remonte à la nuit des temps. (Gn 2-3) Elle nous rejoint dans les situations où le manque se fait sentir comme un non-sens. Alors, en fils d’Adam on se donne le droit de décider de ce qui est bien ou mal.  N’est-ce pas notre manque de sens à la vie jusqu’au bout qui se profile à travers ce projet de loi qui nous confond sur ce que signifient « la compassion » et « mourir dignement »?

En ce temps de carême où nous sommes invités à visiter notre vulnérabilité en consentant volontairement au manque et à la privation en vue de nous attacher plus résolument à l’essentiel, puissions-nous redécouvrir l’importance de la fragilité de notre condition humaine, non pas comme une tare mais comme une occasion de grandir en humanité. Sur ce chemin, Jésus nous a précédé et son Esprit nous accompagne encore aujourd’hui.

N.B. : Il est possible d’appuyer l’initiative du Collectif des médecins, comme citoyen(ne), en signant en ligne le Manifeste du Refus Médical de l’Euthanasie.

 Colette Beauchemin


[1] Dre Catherine Dopchie, cancérologue et responsable d’une unité hospitalière de soins palliatifs en Belgique, dans une conférence intitulée : « La fin de vie humainement assistée : Un contrepoids argumentaire dans le débat sur l’euthanasie et le suicide assisté »