Des sourires et des hommes

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui arriverait si tout le monde souriait pendant 24h ? Imaginez l’impact que cela aurait… Que de bonnes nouvelles au téléjournal, pas d’impatience dans le trafic le matin, de la sympathie pour tous! Finalement, parlons d’amour, car les deux sont intimement liés!

Ces deux éléments nous rattachent à la vie, car il nous donne l’espérance. L’espérance pour que les conditions aillent mieux qu’elles allaient. Comme chrétiens, ce sont ces valeurs fondamentales que le Christ nous enseigne. Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Nous aimer mutuellement, d’égal à égal, peut commencer par un sourire à l’autre. Et ce qui est magnifique c’est que ces petits gestes guident doucement les humains vers la paix. Il y a tant de bonnes choses à sourire aux autres et à la vie si gracieusement offerte!

Finalement, je vous invite à porter attention au dernier mercredi d’avril qui se trouve à être la Journée nationale du sourire[1].

Et comme nous l’a souvent partagé Mgr Gendron depuis le début de l’année pastorale, partager la Bonne Nouvelle, l’heureuse nouvelle, ne peut se faire que par le sourire…

Céline Wakil

Par ton souffle Créateur!

Voilà le thème de la Semaine de la Parole 2012, qui se tiendra du 27 janvier au 5 février dans les paroisses du diocèse Saint-Jean-Longueuil.

Cette belle initiative d’une Semaine de la Parole est née, il y a maintenant 10 ans, dans la paroisse la Résurrection de Brossard.  C’est une collègue et amie, Francine Vincent agente de pastorale, qui a eu la lumineuse idée de lancer une sorte de festival de la Parole qui se déroulerait sur une période d’une semaine, où seraient offertes de multiples activités en lien avec la Parole de Dieu.

Cette initiative s’est élargie depuis 2008 pour devenir un projet diocésain, dont je suis maintenant responsable.  L’an dernier, Francine et moi avons eu l’occasion d’enregistrer une émission à Radio Ville-Marie où nous avons pu relater l’historique de ce projet et présenter son concept.    http://www.officedecatechese.qc.ca/prod/radio_quau/2011/20110118.htm

Plusieurs paroisses participantes offrent désormais des activités, et grâce à la diffusion d’un programme diocésain, toutes les activités deviennent accessibles à tous, en favorisant un décloisonnement qui enrichit l’ensemble.

Il y en a pour tous les goûts et tous les âges : cinéma-échange, contes bibliques, partages bibliques, conférences, ateliers créatifs, spectacles… De multiples manières de se ressourcer à la Parole de Dieu et de partager sa foi avec d’autres.

Cette année, le thème nous amène à découvrir le Souffle divin qui nous habite et nous fait vivre.  Je suis fière de collaborer à offrir cet espace de Parole et de paroles où chacun puisse y trouver du Souffle.

Bienvenue à tous !

Vous pouvez télécharger le programme en ligne

Colette Beauchemin

Si c’était vrai!

La chanson de France d’Amour joue à la radio.

« Si c’était vrai, si c’était vrai, qu’est-ce qu’on en ferait?

Si c’était vrai, si c’était vrai, est-ce qu’on y croirait? »[1]

 

En écoutant ces paroles, je me dis que c’est de plus en plus de cette manière que se pose aujourd’hui la question de la foi.

Rien d’une évidence, comme au temps de nos grands-parents. Aujourd’hui, la question de la foi est précédée d’un « si » qui ouvre une interrogation sur la vérité de la foi, qu’elle soit chrétienne ou autre.

Aujourd’hui, chacun est à la charge de trouver et d’assumer sa vérité et de la vivre. Ce que l’on croit fondamentalement devient en quelque sorte ce que l’on en fait, ce que l’on incarne personnellement et collectivement.

La vérité de la foi ne peut plus s’imposer d’un lieu d’autorité, comme ce fut le cas à l’époque de la chrétienté, car chacun choisi dorénavant ce qui fera autorité dans sa vie. Je ne peux que me réjouir de cette perte d’autorité de l’Église qui se retrouve ramenée à simplement proposer la vérité qui la fait vivre. Comme l’a fait Jésus de Nazareth, à travers ses paroles et ses gestes, la vérité de la foi chrétienne ne peut être que de l’ordre de la proposition de sens et d’espérance; de l’ordre du pari. Sur quoi mises-tu ta vie? Qu’est-ce qui lui donne sens et consistance? La vérité que la foi nous propose est appelée à être éprouvée et non pas prouvée. Le langage de foi n’aura de poids que dans la mesure où son sens sera expérimenté. Le « si » qui précède le « vrai » oblige la proposition de foi à passer au creuset de l’expérience, pour pouvoir s’affirmer avec crédibilité, jusque dans l’agir. Sinon, les affirmations de foi ne seront que cymbales retentissantes (1 Co 13,1), comme nous le rappelle saint Paul. Et pourtant, Paul qui était rempli d’une foi si ardente n’a-t-il pas aussi essuyé un refus de la part des gens d’Athène, alors qu’il était venu leur parler du Dieu inconnu (Ac 17,23), à ceux-ci qui ne manquaient pas de divinités au marché des croyances?

Quand les chrétiens confessent le Christ ressuscité, cette vérité ne peut pas effacer la dure réalité de la mort et ce Dieu-là, qui ne nous épargne pas la mort, ne sera peut-être jamais le plus populaire. On préfère souvent se réfugier dans des paradis artificiels pour éviter d’affronter la réalité de notre finitude et de notre mort. Et pourtant, la vraie vie n’est-elle pas là où se profile la mort, c’est-à-dire, là où notre fragilité appelle le meilleur de nous-mêmes et nous rappelle que l’amour est la seule vérité qui vaille la peine d’y consacrer toute sa vie?

Si c’était vrai, est-ce qu’on y croirait? Qu’est-ce qu’on en ferait?

La croix n’est-elle pas, encore aujourd’hui, scandale pour les uns et folie pour les autres? Qui est donc ce Dieu qui n’a jamais voulu prouver sa vérité autrement qu’en se donnant par amour?

Colette Beauchemin


[1] Paroles : France D’Amour, Roger Tabra. Musique: France D’Amour 1998 « Le silence des roses » © Tacca Musique

La cathédrale des indignés

Le 19 novembre dernier, une semaine avant que la Ville de Montréal demande à son service de police de vider le Square Victoria, j’ai participé à une célébration interreligieuse en appui au mouvement des indignées d’ « Occupons Montréal »[1].  L’ensemble des priantes et des priants, debout, côte à côte autour du campement, regardaient vers l’intérieur comme pour attirer l’attention du monde sur le cœur du quartier des affaires, transfusé d’un sang neuf. La chaîne humaine ainsi formée, à la manière des « Green Peace », semblait se porter à la défense de la conscience sociale comme d’une espèce en péril.

Après la cérémonie, la vigile a laissé place à des échanges plus informels entre militantes et  militants venus de divers horizons. Puis avec d’autres, je suis allé me recueillir dans la basilique Saint-Patrick en passant à travers les ruines du St Bridget’s Refuge créé par les Sœurs Grises pour venir en aide aux démunies. [2]  En entrant dans la nef de la basilique, j’ai été frappé par le nombre imposant de représentations de saintes et de saints qui nous plongent dans le patrimoine spirituel des catholiques irlandais. J’ai été encore plus frappé par le fait qu’elles étaient toutes alignées autour de la nef et du chœur, le regard tourné vers l’assemblée croyante.

Je n’ai pu m’empêcher de faire un rapprochement entre les deux scènes : d’un côté, cette « chaîne humaine » spirituelle veillant sur la basilique et de l’autre celle qui, quelques minutes plus tôt, entourait les indignées d’ « Occupons Montréal ». Quel lien pouvons-nous faire entre elles? Au delà des deux communautés de saintes et de croyantes formant le cercle, symbole d’unité et de communion, autour de quoi celles-ci sont-elles rassemblées?  Et quels liens pouvons-nous faire entre les indignées occupant la rue et les croyantes réunis dans la basilique? Y a-t-il une parenté spirituelle entre celles et ceux de l’intérieur de nos églises et celles et ceux qui ont choisi de se tenir debout dehors, que se soit dans le St Bridget’s Refuge des Sœurs Grises ou au cœur du quartier des affaires.

Si la basilique est un lieu reconnu de pèlerinage et de retour aux sources de notre foi,  le rassemblement des indignées,  est pour moi une véritable cathédrale[3] dans la rue du fait qu’il est le siège d’un mouvement prophétique au nom de la dignité, de la solidarité, de l’égalité et de la communion entre les humains. Et que dire de toute cette communauté croyante veillant sur  les protestataires comme sur un lieu sacré où la Vie a choisi de s’incarner à nouveau?

J’espère que les ruines du St Bridget’s Refuge créé par les sœurs Grises au XIXième siècle resteront là encore longtemps. Elles nous rappellent que les indignées d’aujourd’hui, reprennent le cri des indignées d’hier et que nos pèlerinages aux sources de notre foi n’ont de sens que s’ils nous retournent sur des chemins de compassion, de justice et de solidarité.

Daniel Pellerin



[2] file:///Users/danielpellerin/Documents/COMMUNICATION/Site%20internet%20du%20diocèse/Blogue/2011-2012/11-12-24/Série%20dans%20le%20Devoir:%20Montréal%20avant-après,%20témoignage%20photographique%20de%20l’évolution.webarchive

Minuit chrétiens!

Les plus grandes voix d’opéra l’ont chanté, à « se petter » les cordes vocales. « Peuple à genoux …Peuple debout… Noëeeeel !» Pour une émotion un peu moins martiale, vous pouvez aussi l’écouter sur You Tube,  interprété par Ginette Reno ou  Marie-Élaine Thibert.

J’aime bien l’ampleur musicale de cette hymne, j’avoue. Mais certains mots grincent toujours dans mon oreille, notamment : « Et de son Père arrêter le courroux. ». Dieu ne peut s’apaiser qu’en faisant rembourser la dette. « Œil  pour œil, dent pour dent ». Dieu Justicier ne fait qu’appliquer la loi du Talion.

Je n’ai pas envie d’accuser le Minuit chrétiens  de me rappeler l’image d’un Dieu en colère. Car chaque jour, le premier psaume qui m’est proposé dans la Liturgie des heures, se termine avec ces paroles de Dieu à l’adresse de son peuple à la tête dure: « Dans ma colère, j’en ai fait le serment : jamais ils n’entreront dans mon repos » (Ps 94, 11).

Pendant un certain temps, j’ai décidé d’escamoter ces lignes bibliques qui me présentaient un Dieu courroucé. J’ai même collé par-dessus une version évangélisée : « Dans ma tendresse et miséricorde, j’enverrai mon Fils qui parlera à leur cœur et les conduira à la plénitude de la vie. » Puis finalement j’ai opté pour dire les deux, à la suite.

Pourquoi dénier que mon (notre?) inconscient est toujours hanté par un Dieu punitif et vengeur que je dois toujours évangéliser? Après tout, si notre culpabilité peut nous le faire craindre, on peut, par contre, compter sur lui pour qu’il tourne sa colère contre tous ceux qu’il devrait punir pour se (nous) venger.

J’ai besoin de refaire régulièrement le chemin de révélation du vrai visage de Dieu dans le Premier et le Nouveau Testament, car mon âme tient des deux. Il nous faut constamment passer de « Et de son Père arrêter le courroux. » à « Et de son Père incarner l’amour fou.

« Quand mon frère commettra une faute à mon égard, combien de fois dois-je lui pardonner? Jusqu’à sept fois ? »  Jésus répondit à Pierre: « Pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Mt 18, 21-22). Ça finit par épuiser toute colère, la nôtre, puisqu’il n’y en a pas en Dieu.

Joie et paix de Noël!

Rémi Bourdon

Les deux temples de la rédemption

Durant l’Avent et le temps de Noël, on entend le mot Rédempteur dans les textes liturgiques. Par exemple le prophète Isaïe : « Tu es, Seigneur, notre Père, notre Rédempteur : tel est ton nom depuis toujours. »

Le rédempteur, c’est celui qui rachète les dettes de ceux qui sont pris à la gorge. Ils sont encore nombreux les racheteurs, aujourd’hui.

Ils ont pignon sur rue, et site sur la toile. Vous n’avez qu’à taper « rachat de dettes », et on vous parlera de votre étouffement.  Puis on vous proposera de vous sauver en rapaillant toutes vos créances, pour en faire la consolidation et vous proposer un emprunt unique. Puis le dernier mot tombe, mensualités, avec le papier à signer.  Parmi de nombreuses définitions que j’ai trouvées dans l’Internet, en voici une : « Le rachat de dettes se résume à regrouper ou consolider toutes vos dettes en un seul et même prêt et d’en payer les mensualités.»

Imaginons un moment que celui  qui a racheté et consolidé vos dettes vous fasse venir et vous dise : « Ta dette, qui m’appartient maintenant, je ne veux pas en tirer profit,  je te charge aucun intérêt sur ton emprunt. » Le croiriez-vous? Imaginons même qu’il vous dise: « Ta dette, je l’efface, je te la remets. Voici! J’ai signé une quittance en ta faveur. » Impossible! Excessif! Utopique!

Pourtant, dans l’ordre de la foi, par rapport à toutes les injustices, les saloperies des humains les uns envers les autres, une Parole nous appelle à espérer que toutes ces dettes réciproques seront effacées, remises. Ce qu’aucun créancier ne peut raisonnablement faire, Dieu promet qu’il le fera par l’avènement de son règne.  Dieu, Rédempteur de toutes les dettes de l’humanité, par une quittance finale signée du sang du Fils. « Prenez et buvez, ceci est mon sang pour la rémission des péchés. »  Tout ça nous dépasse tellement.

Car mes pensées ne sont pas vos pensées,
et vos voies ne sont pas mes voies.

(Isaïe 55,8)

Un jour, il n’y aura plus le temple de la mensualité, mais que celui de la mansuétude.

Rémi Bourdon

Dieu est un SDF

Sans domicile fixe… Pourquoi Dieu serait-il sans domicile fixe ? Le 3e dimanche de l’Avent nous propose une lecture du second livre de Samuel et l’Annonciation comme Évangile.

Le texte de Samuel débute sur une note humoristique : « David était ENFIN installé dans sa maison » ! Une maison de cèdre nous dit-il, alors que Dieu est relégué à une tente… Mais Dieu invite David à lui construire une maison où il fixera son peuple.

Une maison sans fin; une maison où Dieu nous interpelle, comme il l’a fait auprès de Marie.

Dieu est sans domicile fixe tant que nous ne lui répondons pas « oui  » ! Un oui comblé de grâce…

Dieu avec nous, l’Emmanuel, c’est un Dieu de relation. De David avec sa maison tout à fait matériel jusqu’à Marie qui dit oui pour accueillir le Dieu qui se fait chair, nous sommes maintenant inclus dans l’histoire de la Nativité ! Dieu attend notre « oui » pour continuer son œuvre !

Céline Wakil

Avons-nous assez parlé de la violence envers les femmes ?

Décembre 2011, en manchettes le « procès Shafia ». Peut-on oublier que Zainab, 19 ans, Sahar, 17 ans, Geeti, 13 ans, ainsi que Rona, 53 ans, qui avaient déjà demandé de l’aide pour violence, ont péri tragiquement ?  Pensons-nous encore à Emmanuelle et sa fille Laurie assassinées le mois dernier à Longueuil ?  Avions-nous oublié Mme. Diane Grégoire ?  Assassinée elle aussi. Nous rappelons-nous de toutes ces autres victimes anonymes ou qui ont fait la Une de nos quotidiens le temps d’une journée… En avons-nous vraiment assez parlé ?

Crime d’honneur, drame familial, tragédie mortelle… quelle réalité cache ces grands titres ?

Une seule réalité qui fait partie du quotidien, qu’on regarde sans voir, qu’on entend sans comprendre : Une réalité qui se fond dans l’oubli collectif.  Peut-être préférons-nous oublier… D’ailleurs, vous souvenez-vous du « Je haïs les féministes » craché en décembre 1989 ? Et ces trois jours de deuil national pour Geneviève, Hélène, Nathalie, Barbara D, Anne-Marie E, Maud, Barbara K, Maryse L, Maryse L, Anne-Marie L, Sonia, Michèle, Annie S, Annie T ?

Difficile d’admettre que la violence envers les femmes fait partie de notre société.  Difficile de ne pas détourner le regard comme on tourne la page d’un journal… Pourtant, le bilan des femmes assassinées nous le prouve d’année en année depuis 21 ans. Heureusement, la campagne du ruban blanc qui revient comme un leitmotiv visuel nous oblige à contempler notre malaise, nous rappelle, nous invite à faire mémoire ensemble du massacre de ces quatorze femmes, mais aussi de toutes nos sœurs dénigrées, battues, tuées…  « …Selon l’Organisation des Nations Unies, les violences envers les femmes constituent l’un des  dix sujets dont le monde n’entend pas assez parler, … Cette violence représente un problème social grave dans le monde et il est essentiel de poursuivre activement nos actions pour tenter de l’enrayer. »[1]

Dans un pays où la devise est : « Je me souviens », de quoi voulons-nous nous souvenir ?

 

Christiane Lafaille

Répondante diocésaine à la condition des femmes



[1] (CRI-VIFF, communiqué : Montréal accueille le premier colloque international sur les violences faites aux femmes, octobre 2006) http://www.criviff.qc.ca/colloque/pdf/cri_viff_communique_presse.pdf

 

S.EX.E Soutien, EXistence, Égalité

 

 

 

 

 

 

Mon titre est un peu mensonger… car la nudité ne nous ramène pas systématiquement à la sexualité. « L’homme et sa femme étaient tous deux nus, mais sans éprouver aucune gêne l’un devant l’autre » (Gn 2, 25). On associe à tort nudité et sexualité.

Il y a quelques semaines, Centraide a entamé sa campagne de financement, ayant pour thématique En dessous, on est tous pareils.

En apparence, les affiches nous semblent provocatrices, dans le sens où elles font émerger une réaction, un cheminement en nous. Prenons le temps de répondre aux sentiments qui naissent en nous, en voyant cette publicité.

Poser nu est associé à une attitude hors de la norme, à une marginalité. Alors, qu’est-ce que ces affichent évoquent pour vous?

Je crois sincèrement qu’elles nous livrent un message. Sous nos par-dessus, nous avons tous le même cœur, la même sensibilité : nous sommes tous nés égaux en dignité humaine.

Ces artistes osent aller au-delà des apparences et d’eux-mêmes. Ils se sont donnés pour une grande cause, à ce même désir du Christ d’agir en faveur des pauvres de la société. N’ont-ils pas posé pour nous faire réaliser la présence des gens dépouillés autour de nous ? Pour nous faire saisir que sous nos apparences, nous avons un bagage de vie ? Ou encore simplement pour manifester leur acceptation de se donner corps et âme pour l’égalité fondamentale que porte tout être humain ?

Dieu nous a désirés bien avant notre naissance (Jr 1, 5), au-delà de notre apparence. Ce que nous sommes devenus résulte de choix, de contextes sociaux et familiaux, de chance ou de malchance parfois.

Être nu, c’est ce que nous sommes. Et voilà vers quoi Centraide voulait probablement amener les gens : se conscientiser aux fondements de l’être humain, sous une forme elle-même marginalisée.

Choquer pour fâcher ou provoquer pour amorcer un mouvement et une réflexion ? « Favoriser l’intégration de tous […] et accueillir la diversité », voilà deux valeurs de Centraide qui ne cesse d’avoir en tête que le souci des pauvres. N’ayons pas peur d’assumer notre propre humanité pour tendre la main vers notre prochain.

Céline Wakil

En veux-tu? En vlà!

J’ai reçu une pelletée de demandes de dons de charité. J’en ai compté 53 depuis janvier dernier. Il m’est arrivé de payer ma dîme deux fois. Maintenant, j’empile les enveloppes pour tout traiter d’un coup; cela me permet d’avoir vue d’ensemble et de pondérer les demandes. Ce déferlement se produit depuis deux ans. Je soupçonne qu’il y a eu coulage de listes de donateurs sur lesquels mon nom apparaît. J’ai reçu des petits cadeaux dont 6 fois des autocollants avec mon adresse.

Que faire : augmenter mes dons? Saupoudrer sur toutes les demandes? Pendant deux heures, j’ai classé la paperasse répandue sur la table, et noté mes priorités jusqu’à hauteur de 25 dons, chéquier et carte de crédit en main. Pas facile d’éliminer des causes humanitaires, après avoir mis de côté la cause animalière.

Le matin, j’avais lu Matthieu 25, en ce dimanche du Christ Roi de l’Univers. Rien dans ce texte pour se retenir la générosité.  « Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous…; j’étais un étranger, et vous… ; j’étais nu, et vous …; j’étais malade, et vous …; j’étais en prison et vous …» Après tout, je veux devenir un « juste » pour m’entendre dire à moi aussi: « Venez les bénis de mon Père. » Puis je regardai la pile de mes refus.  Et résonna l’autre versant du texte : « Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne… et vous ne… et vous ne… »

Ombre et lumière sont bien le lot de notre cœur, ivraie et bon grain, parure de notre champ. Et limitées nos ressources personnelles. « Dieu saura bien m’accueillir » me dis-je en ramenant mon regard sur la première pile de lettres. « M’accueillir », mais selon ce texte, non en raison de ma foi.

« La réponse de Mt 25 à l’enjeu du devenir humain est que tout se joue dans le rapport aux laissés pour compte de la société.  Le statut social ne sert à rien. La richesse accumulée ne sert à rien.  La science apprise ne sert à rien.  La performance religieuse, politique, sportive ne sert à rien.  La grandeur d’un être humain se mesure au soin qu’il ou elle a pris des plus petits. »[1]

Déroutant ce Dieu qui n’absolutise pas la foi en Lui, mais qui ne tolère pas qu’on ne reconnaisse pas concrètement la dignité de tout Humain!